La Redécouverte des Grenouilles Ventriloque et de Mozart Lance Une Note D’espoir pour la Reconstruction d’Haiti

 
Des espèces redécouvertes donnent de l’espoir à Haïti, lors d’un anniversaire difficile pour la nation
Arlington, VA - Tandis que le peuple d’Haïti est marqué cette semaine par un anniversaire douloureux dans la lente reconstruction du pays détruit par le tremblement de terre, les scientifiques de Conservation International (CI) et du Amphibian Specialist Group (ASG) de l’UICN rapportent une nouvelle, espérant que celle-ci deviendra source de fierté et d’espoir pour l’avenir environnemental du pays : La surprenante redécouverte dans les forêts tropicales sérieusement dégradées du pays, de six espèces uniques au monde de grenouilles , perdues de vue par la science depuis presque deux décennies.

Inspirée par la recherche globale des « grenouilles perdues » effectuée par Conservation International, une expédition fut lancée en octobre dernier dans les montagnes éloignées du sud-ouest d’Haïti, dirigée par le spécialiste en conservation des amphibiens de CI, le Dr. Robin Moore, en partenariat avec le Dr. Blair Hedges de l’Université de Pennsylvanie. Leur objectif : chercher la grenouille herbivore de la Selle (E. glanduliferoides) non aperçue depuis plus de 25 ans, et évaluer en même temps la situation d’autres 48 espèces d’amphibiens peuplant l’île, dont beaucoup dépendent des régions montagneuses en constante dégradation dans le pays – le Massif de la Hotte dans le sud-ouest et le Massif de la Selle dans le sud-est.

Mais si la dite grenouille manquante continue à esquiver les scientifiques, l’équipe a rapporté la redécouverte de six autres espèces d’amphibiens. Parmi celles-ci on a pu retrouver: une grenouille sifflante nommée d’après le compositeur Wolfgang Amadeus Mozart ; une grenouille fouisseuse dotée d’énormes yeux noirs et des taches d’un orange éclatant sur ses pattes de derrière ; une grenouille ventriloque qui peut « lancer » sa voix pour embrouiller les éventuels prédateurs ; et une grenouille terrestre tachetée aux yeux couleur saphir extrêmement rares.

« C’est incroyable », dit le Dr. Moore. « Nous sommes allés chercher une espèce manquante et nous avons trouvé tout un trésor d’autres espèces. Et pour moi, cela représente une once bienvenue de résistance et d’espoir pour le peuple et la faune d’Haïti. »

Le déboisement à grande échelle laisse le pays avec moins de 2% de sa surface boisée initiale, avec la dégradation de la plupart des écosystèmes d’eau fraîche dont dépendent les Haïtiens. Ainsi, les forêts montagneuses humides et les montagnes du sud-ouest représentent deux des dernières poches restantes de santé environnementale et de richesse naturelle d’Haïti. En effet, le Massif de la Hotte a été pointé par l’Alliance for Zero Extinction (AZE) comme étant la troisième zone de priorité de conservation au monde, avec 15 espèces d’amphibiens endémiques qui n’existent qu’ici et nulle part ailleurs.

Une supposition souvent implicite sur Haïti est qu’il n’y a plus rien à sauvegarder en termes d’environnement. « Ce n’est pas tout à fait vrai » rétorque Moore, documentant aussi ses découvertes en tant que photographe de l’International League of Conservation Photographers (iLCP). « Il y reste encore des poches biologiquement riches, en dépit des très grandes pressions environnementales. Haïti a maintenant l’opportunité de créer ses propres plans de reconstruction autour de ces poches et de les agrandir, afin de pouvoir agir de façon plus efficace, comme des boucliers naturels contre le changement climatique et des catastrophes naturelles. »

« Mais il y a très peu de temps à perdre» ajoute le Dr. Hedges. « Tout comme dans d’autres endroits du monde, les amphibiens d’Haïti sont en danger d’extinction ; 92 % des espèces d’amphibiens du pays sont enregistrées comme étant menacées. Au niveau mondial, plus de 30% des espèces d’amphibiens sont menacées de disparition ».

« La biodiversité d’Haïti est proche de l’extinction de masse à cause d’un déboisement massif et presque entier. Si la communauté internationale ne trouve pas bientôt de solutions, nous allons perdre pour toujours des espèces uniques » Ajoute t-il.

Moore, ainsi que Hedges et plusieurs autres, ont passé huit jours et nuits dans les forêts montagneuses et humides du sud haïtien, en fouillant les arbres, les lits des cours d'eau et le manteau végétal à la recherche d’amphibiens. L’équipe a trouvé un nombre encourageant – 23 – d’espèces uniques des 49 espèces indigènes connues. Moore a ajouté l’importance de cette découverte dans un contexte important de reconstruction d’Haïti.

« La dévastation à laquelle le peuple d’Haïti a fait et doit encore faire face est presque inimaginable. Je n’ai jamais vu quelque chose de semblable », dit Moore, qui a exploré trois fois des régions haïtiennes, avant et après le tremblement de terre. « Il est évident qu’ici, la santé des grenouilles d’Haïti ne représente pas le souci de tous. Cependant, les écosystèmes où vivent ces grenouilles, ainsi que leur capacité de soutenir la vie, ont une importance critique pour le bien-être des haïtiens dans la longue durée, dépendant des riches forêts pour leurs moyens de subsistance, de la sécurité alimentaire et de l’eau fraîche. Les amphibiens sont ce qu’on appelle des espèces baromètres pour la santé de notre planète. C’est comme les canaris dans une mine de charbon. Avec leur disparition, disparaissent aussi les ressources naturelles dont dépendent les hommes pour survivre. »

Parmi les amphibiens redécouverts par l’équipe il y les six espèces ci-dessous, qui sont toutes listées en tant qu'espèces extrêmement menacées. (Voir les notes de l’éditeur pour un lien vers images) :

  1. Grenouille Hispaniolan Ventriloquial [ventriloque d’Hispaniola] – aperçue la dernière fois en 1991 – (Eleutherodactylus dolomedes) Longueur maximale 21,6 mm. Vit à une Altitude de 1120 m. Cette grenouille a été appelée ainsi à cause de son cri, qu’elle projette comme un ventriloque ; d’où son nom. Ce cri inhabituel est une série de pépiements rapides de sept notes, dont les quatre premières montent doucement avant d’atteindre un palier sonore ; le cri est lancé à de grands intervalles, souvent répété au bout de quelques minutes. Avant cette expédition, l’espèce n’était connue que de quelques privilégiés.

  2. La grenouille de Mozart – aperçue la dernière fois en 1991. (E. amadeus) Longueur maximale : 25 mm ; Vit à une altitude de 1000-2340 m. Appelée grenouille de Mozart par Blair Hedges, qui lors de sa découverte, a fait un spectrogramme audio de son cri, qui ressemblait par hasard à des notes de musiques. Son cri est un sifflement étouffé de quatre notes, émis la nuit ; en général, c’est un cri plus court de deux notes, émis à l’aube et au coucher du soleil.

  3. La grenouille La Hotte Glanded [à glandes de la Hotte] – aperçue la dernière fois en 1991. (E. glandulifer) Longueur maximale : 53 mm. Vit à une altitude 303-1886 m. La caractéristique la plus distinctive de la grenouille est la saisissante couleur bleu saphir de ses yeux – une caractéristique extrêmement inhabituelle chez les amphibiens.

  4. La grenouille Macaya Breast-spot [à poitrine tachée de Macaya] – Aperçue la dernière fois en 1991. (E. thorectes) Longueur maximale : 15,1 mm. Vit à une altitude 1700-2340 m. À peu près de la taille d’un raisin vert, cette grenouille est la plus petite au monde. À Haïti, cette espèce a un habitat très restreint, vivant seulement sur les cimes de Formon et de Macaya, à haute altitude dans le Massif de la Hotte.

  5. La grenouille Hispaniolan Crowned [couronnée d’Hispaniola] – Aperçue la dernière fois en 1991. (E. corona) Longueur maximale : 19,1 mm. Cette espèce a été nommée d’après sa subtile rangée de protubérances située sur le dos de sa tête, rappelant une couronne. Avant cette expédition, l’espèce était connue par moins de 10 personnes et donc extrêmement rare. Il s’agit d’une espèce arboricole, qui vit dans la forêt montagneuse et humide à haute altitude. Lors de la reproduction, les mâles lancent un appel des broméliacées ou des orchidées, dont ils semblent avoir besoin pour celle-ci.

  6. La grenouille Macaya Burrowing [fouisseuse de Macaya] - Aperçue la dernière fois en 1996. (E. parapelates) Une trouvaille surprenante : C’est la première fois que l’on voit cette espèce dans cette zone (l’espèce était seulement connue auparavant dans deux endroits du Massif de la Hotte). Cet endroit est désormais le seul où deux grenouilles fouisseuses sont connues comme partageant le même habitat. Cette espèce est vraiment spectaculaire, avec de grands yeux noirs et des taches d’un orange éclatant sur ses pattes. Les mâles appellent à la reproduction dans des cavités souterraines peu profondes et les œufs sont aussi pondus sous terre, où ils éclosent directement en petites grenouilles.

La Recherche des grenouilles perdues de Conservation International, lancée en été 2010, est une recherche sans précédent pour dépister des espèces que l’on n’a pas vues depuis dix ans ou plus et que l’on craint disparues. La recherche, qui s’est étendue à des équipes locales dans 19 pays sur cinq continents, a fait redécouvrir trois espèces ces six derniers mois, y compris : une salamandre mexicaine non ré-aperçue depuis sa découverte en 1941, une grenouille en Côte d’Ivoire non ré-aperçue depuis 1967 et une autre grenouille en République Démocratique du Congo, non ré-aperçue depuis 1979.

Moore a ajouté : « Retrouver six espèces perdues dans ces petits endroits du pays nous montre qu’en dépit des énormes pressions humaines, la nature tient bon à Haïti. Il y a de quoi espérer. Bien gérés, ces espèces et écosystèmes peuvent devenir une source de richesse naturelle et de fierté nationale pour le pays, qui offrira – nous l’espérons – des retombées positives à long terme sur son peuple. »

La première phase de la campagne de Recherche pour les grenouilles perdues a pris fin et on s’attend à ce que d’autres redécouvertes soient annoncées cet hiver et qu’une nouvelle recherche soit lancée plus tard cette année. Pour suivre la campagne, veuillez visiter le site : www.conservation.org/lostfrogs


CONTENU DISPONIBLE POUR LES MÉDIAS
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Pour télécharger des PHOTOS des amphibiens redécouverts d’Haïti, visitez le site : http://www.smugmug.com/gallery/15352859_Qohvz (**veuillez inclure les mentions de source pour les photos)

Pour télécharger des rapports VIDÉO sur la recherche des amphibiens d’Haïti, visitez le site www.caribnature.org or regarder “Robin Moore Re-Discovers Lost Amphibians of Haiti”.

Pour écouter des clips AUDIO de la grenouille ventriloque et de la grenouille de Mozart d’Haïti: Macaya burrowing frog call and Ventriloqual landfrog.


Pour plus de renseignements ou des demandes d’interview, veuillez contacter:

Kim McCabe, Directrice des Médias, Conservation International
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Kelsey Rosenbaum, Coordinatrice des Média, Conservation International
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Notes aux éditeurs

Conservation International (CI) – Fondée sur une base scientifique solide, de partenariats et de démonstration sur le terrain, CI habilite les sociétés à s’occuper de manière responsable et plus durable de la nature, de notre biodiversité globale pour le bien-être de l’humanité entière. CI, qui est basée à Washington, DC, travaille dans plus de 40 pays, sur quatre continents. Pour plus de renseignements, visitez le site : www.conservation.org

Amphibian Specialist Group (ASG) de l’UICN - Le ASG de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) fait tout son possible pour conserver la diversité biologique en stimulant, en mettant au point et en exécutant des programmes pratiques pour conserver les amphibiens et leurs habitats partout dans le monde. Ceci est réalisé en soutenant un réseau global de partenaires pour développer le financement, la capacité et le transfert de technologie afin d’atteindre des objectifs partagés et stratégiques de conservation des amphibiens. Pour plus de renseignements, visitez le site : www.amphibians.org

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Kim McCabeVice President, News + Publicity2011 Crystal Drive Suite 500 Arlington , Virginia 22202 kmccabe@conservation.org(703) 341-2546
Patricia Yakabe MalentaquiInternal Communications Director2011 Crystal DriveSuite 500Arlington, Virginia 22202pmalentaqui@conservation.org (703) 341-2471
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